Emploi en France : mieux ou pire que le reste de l'Europe ? Guide des démarches
05/05/2008
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2 chiffres surprenants ont été publiés récemment, l'un indiquant que les salariés de la fonction publique gagnent désormais plus en moyenne que les salariés du privé, l'autre que les retraités ont désormais des revenus supérieurs aux actifs.
Bien sûr, ces chiffres, comme les autres chiffres qui sont publiés dans cette étude, sont discutables en terme de base et de méthodes de calcul. Mais ils soulignent de toute façon des tendances lourdes. De fait, les français sont inquiets pour leur avenir professionnel et celui de leurs enfants. Ont-ils raison ? Sont-ils défavorisés par rapport aux autres européens ? Voici quelques indications issues du rapport parlementaire Dord.
Baisse du chômage mais accroissement de l'inquiétude
En 2 ans, du dernier trimestre 2005 au dernier trimestre 2007, le taux de chômage en France est passé de 9,4 % à 7,8 % et l’emploi dans le secteur concurrentiel a augmenté de plus de 500 000 postes, dépassant le cap des 18 millions d'emplois.
Cette situation est inédite depuis 20 ans et ne trouve donc pas seulement son explication dans les nombreux départs en retraite du "papy boom", puisque le nombre d'emplois à augmenté.
 

Chômeurs indemnisés

 
Mais dans le même temps, le sentiment d'insécurité, réel ou ressenti, n'a fait qu'augmenter. Pourquoi ?
Instabilité et précarité
Le taux de rotation de la main-d’œuvre, c’est-à-dire la part des salariés entrant ou sortant en moyenne chaque année dans une entreprise est passé de moins de 25 % au début des années 1980 à environ 40 % dans les années 2000.
Cela dit, le risque moyen de perdre son emploi, voire de se retrouver sans emploi faute d’en retrouver un, a assez peu évolué :

  • depuis le début des années 1980, le risque de passage dans l’année de l’emploi au chômage oscille entre 7 et 9 %;
  • 85 % des salariés français d’octobre 2000 occupaient encore le même emploi en octobre 2001 (85% en Italie, 81% en Allemagne, 76 % au Royaume-Uni, 70 % en Espagne).
  • l’ancienneté moyenne dans le même emploi est un peu au dessus de la moyenne européenne en France et a plutôt progressé dans les années 1990, passant de 10,5 ans en 1992 à plus de 11 ans en 2000; deux salariés français sur trois restent dans le même poste plus de 15 ans.

En fait, ce qui "plombe" ces bons chiffres, c'est le recours de plus en plus massif à l'intérim et au travail précaire pour certains travailleurs (jeunes, seniors, femmes, étrangers, non diplômés, essentiellement). De 1990 à 2003, la part des emplois temporaires (contrats à durée déterminée et intérim) dans l’emploi salarié privé est passée de 8 % à près de 12 % (voir nos autres documents sur ce point).
On distingue d’un côté une minorité précaire croissante, de l’autre une grande majorité de salariés dont le risque de perdre leur emploi reste modéré, mais qui sont convaincus que suite à la perte de leur emploi leurs chances de retrouver un emploi stable seraient faibles. Le sentiment d’insécurité grandit chez les salariés.
L'essor de l'emploi précaire
L’emploi temporaire (CDD et intérim) reste partout minoritaire, mais avec des niveaux de développement très variable: de 5 %, voire moins, de l’emploi dans certains pays d’Europe centrale, en Irlande et au Royaume-Uni à près de 35 % en Espagne; avec un taux de 14 %, la France est très proche de la moyenne communautaire.
 

Pourcentage de salariés ayant un contrat à durée limitée

 
Du fait, en additionnant travail précaire et chômage, c'est près d'un quart de la population qui n'a pas un emploi stable, on comprend mieux l'inquiétude ambiante.
La rigidité du système
Le marché et le droit du travail français sont fréquemment critiqués par les employeurs et les économistes.
Cependant, la comparaison entre les systèmes voisins et le système français ne le fait pas apparaître comme le plus défavorable aux employeurs :

  • le préavis légal de 2 mois (pour une ancienneté de plus de 2 ans) se classe parmi les plus courts en Europe;
  • le niveau moyen français d’indemnisation légale et conventionnelle du licenciement est généralement considéré comme modéré.

Mais la période d'essai, élément de souplesse à l'embauche pour l'employeur, elle, reste courte.
 

Période d'essai moyenne en mois

 
La lourdeur de la procédure
Notre code du travail est en revanche particulièrement exigeant du point de vue des employeurs :

  • la définition du motif économique de licenciement est étroite;
  • l’obligation de reclassement n’existe que dans quelques pays dont le nôtre;
  • les procédures de consultation pour les licenciements collectifs sont complexes.

Mais, c’est surtout le degré de judiciarisation du traitement des licenciements en France et les délais, coûts et incertitudes qui s’y attachent qui sont critiqués.
Les délais de traitement des procédures de contestations (1/4 des licenciements) sont particulièrement longs en France :

  • en moyenne 12 mois en première instance,
  • plus de 30 mois s'il y a appel ou pourvoi direct en cassation,
  • 53 mois s’il y a successivement appel et pourvoi.

 
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