L'INPES dans le numéro 394 de sa "La Santé de l'homme" présente un dossier particulièrement complet sur les troubles de l'alimentation chez les jeunes filles " anorexie, boulimie: prévenir, éduquer, soigner "
Comme de coutume la revue de l'INPES s'est intéressée - outre la prise en charge - au versant " éducatif ", c'est-à-dire comment détecter, prévenir, éduquer, faire travailler ensemble les professionnels.
Dans ce dossier auquel la Fondation de France a participé, le professeur Jean-Luc Vénisse - psychiatre et précurseur de la prise en charge des anorexiques - appelle à la mobilisation face à ce qu'il considère comme de véritables addictions. La pédopsychiatre, Nathalie Godart et le professeur Bruno Falissard présentent l'état des connaissances et soulignent l'importance d'une détection précoce. L'endocrinologue, Bruno Estour et ses collègues du CHU de Saint-Etienne résument les aspects somatiques et psychologiques de l'anorexie mentale. Le professeur Maurice Corcos et son équipe " Psychiatrie de l'adolescent " à l'Institut Montsouris (Paris) identifient les repères pour une thérapie adaptée.
La seconde partie du dossier interroge l'image sociale et relationnelle du corps: le psychiatre, Xavier Pommereau met en avant la vulnérabilité qui peut être associée à l'image que l'on a de son corps. Françoise Narring, médecin en charge de la santé des jeunes à l'hôpital universitaire de Genève, explique le rôle fondamental que peut jouer l'éducation pour la santé. Trois réseaux de prise en charge (Loire-Atlantique, Rhône-Alpes et Pyrénées-Atlantiques) sont présentés.
Les familles face à l'anorexie
Solange Cook-Darzens, psychologue, explique pourquoi les familles ne peuvent être tenues à l'écart du parcours thérapeutique de leur enfant.
La thérapie familiale a très tôt été identifiée comme étant particulièrement efficace dans le traitement de l'anorexie mentale de l'adolescent et de l'enfant. Il est actuellement établi que la famille, y compris la fratrie, doit toujours être impliquée dans la prise en charge du jeune anorexique. Il ne s'agit plus de rechercher un problème familial à réparer mais au contraire de construire un partenariat solide avec la famille, qui lui donne un rôle de " cothérapeute " plutôt que de " copatiente ".
Tout cela ne s'invente pas, même si certaines familles ont plus de facilité que d'autres à adopter cette posture dans la durée.
Solange Cook-Darzens nous livre quelques repères dont nous ne pouvons publier ici que les grandes lignes :
- les équipes scolaires peuvent être les premières à repérer les signes avant-coureurs du trouble;
- il est important que les professionnels concernés ne se mettent pas en concurrence avec la famille et ne cherchent pas à démontrer à la famille qu'" ils vont réussir là où la famille a échoué ".
- dans la mesure du possible, les professionnels de santé doivent écouter la culpabilité, l'impuissance, le sentiment d'échec, mais aussi l'agressivité et le déni des familles et de la jeune anorexique, et soutenir tout mouvement permettant d'apaiser ce vécu difficile.
- les professionnels de la santé et de l'éducation doivent être suffisamment informés sur la maladie, son étiologie, son devenir, et le rôle que peut jouer la famille dans l'amélioration des troubles, pour pouvoir partager ces informations avec la famille et ainsi contribuer à une vision plus commune et déculpabilisée des processus anorexiques.
- les processus impliqués dans l'anorexie et sa guérison sont complexes et plurifactoriels. Ils nécessitent une équipe pluridisciplinaire pour y faire face, et la famille doit faire partie de cette équipe.
- dans la mesure du possible, les professionnels impliqués doivent encourager la famille à engager un travail familial avec un thérapeute familial ayant l'expérience des TCA et s'appuyant sur des modèles de thérapie familiale visant à mobiliser la famille en tant que facteur d'amélioration.
- si la jeune fille a été hospitalisée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, le retour à une vie normale génère souvent de nombreuses angoisses. Une bonne collaboration entre la famille, l'équipe soignante et l'équipe scolaire permet de préparer le retour à l'école et aide la jeune fille à gérer ou résoudre des craintes souvent très fortes concernant le regard des autres, sa réintégration sociale, son rattrapage scolaire et son retour à la cantine.