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Le suicide des jeunes : un fléau insuportable Phare
15/06/2008
CMPP Condorcet à Argenteuil


 
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Triste réalité, le mois dernier, trois jeunes de régions différentes avaient décidé de mettre fin à leurs jours ensemble, dans une forêt du Nord. Les trois désespérés, une Tourangelle de 19 ans, une Bretonne de 22 ans et un Lillois de 23 ans avaient planifié ce projet via Internet.
Déjà, en janvier 2005, deux adolescentes, dans des circonstances semblables, s'étaient suicidées ensemble en se jetant d'une falaise du Pas-de-Calais après avoir affiché leurs intentions sur un blog.
Avec 10 707 morts par suicide (chiffres INSERM 2005), ce fléau qui fait 2 fois plus de victimes que les accidents de la route (4 615 morts en 2007), constitue plus qu’un problème de santé publique, tant par les pertes humaines qu’il provoque, que par les difficultés psychologiques et sociales dont il témoigne.
Chez les jeunes de moins de 24 ans, c’est la 2e cause de mortalité après les accidents de la route (près de 700, chiffres INSERM 2005) et la 1ère cause de mortalité pour les 25/34 ans avec près de 1 200 morts.
L’association PHARE (Pour l’Harmonie des Relations Enfants-Parents) attire à nouveau l'attention sur ce drame permanent.
Phare rassemble des parents d’enfant suicidé et des personnes de tous horizons, réparties sur toute la France. Son but est de combattre toutes les formes d’autodestruction des jeunes, notamment en luttant contre ce qui contribue à leur désespérance et en encourageant les initiatives propres à leur épanouissement.
Voici la prise de position de Thérèse Hannier, présidente de l’association PHARE Enfants-Parent.
Libre expression

Phare

Phare Enfants-Parents est très impliqué dans la prévention du mal être et du suicide chez les jeunes. L’actualité du mois dernier est-elle un cas à part ?
Non malheureusement, même si cela reste exceptionnel. Car généralement, l’acte suicidaire se réalise dans la solitude et sans témoin. Nous avons déjà été confrontés à ce pacte suicidaire d’un jeune homme avec qui nous étions en relation, uniquement par mail, et nous avions réussi à le convaincre de consulter un médecin et d’abandonner son projet avec ses compagnons de mauvaise fortune rencontrés par le net. C’était le même scénario: la mort par asphyxie dans une voiture avec 3 autres jeunes.
Il arrive également que 2 ou 3 jeunes entretiennent leurs idées noires en les partageant, hors Internet, en se rencontrant physiquement, parce qu’ils se connaissent au lycée ou dans d’autres lieux. Ils finissent par mettre en action leur projet mais individuellement, dans leur milieu (souvent au domicile de leurs parents) et dans le même temps (pas forcément le même jour). C’est moins spectaculaire, on n’en parle pas… Et peut-être vaut-il mieux ne pas en faire la une dans les médias.

Selon vous, pourquoi ces jeunes se sont retrouvés pour commettre un tel acte de désespoir ?
Internet est un moyen de communication qu’utilisent beaucoup les jeunes (sites, blogs, MSN) pour s’ exposer au regard des autres, pour sortir de leur solitude, tout simplement pour exister, combler un vide affectif éventuellement. Des millions de blogs, d’échanges par le net, ne sont pas liés à l’expression d’un désespoir. Néanmoins, ceux qui sont déjà dans un profond mal-être n’arrivent pas à l’exprimer verbalement et ce moyen peut être un exutoire permettant de soulager une souffrance, un poids, un secret. Et c’est «qui se ressemblent s’assemblent» ! Les images noires ou les messages de désespoir font écho chez ceux qui éprouvent les mêmes sentiments et le pas est plus facile à franchir lorsque l’idée de la mort comme solution est cultivée, entretenue et décidée en commun.
Il y a également la possibilité, avec le net, de trouver des sites qui recommandent le suicide comme solution et fournissent les recettes pour ne pas se rater, avec la possibilité de commander en ligne des produits létaux.
Internet peut-t-il avoir une mauvaise influence sur les personnes en difficulté ?
Internet n’est qu’un moyen. On ne peut le rendre responsable de tous les maux. En revanche, c’est un vecteur très prisé par les jeunes aujourd’hui et les plus vulnérables peuvent se laisser « séduire » par des discours susceptibles de les entraîner sur des terrains dangereux, voire destructeurs.
La porte est ouverte à tous les excès possibles, car sans surveillance pour contrer de tels projets. Il conviendrait d’instaurer la même vigilance que pour la pédophilie, les propos racistes, homophobes, les injures. Les parents ont un rôle à jouer auprès de leurs enfants, un rôle de guide et de contrôle.

Peut-on prévenir ces drames ? Certains signes peuvent-ils nous alerter ?
Le suicide est une violence retournée contre soi, l’aboutissement d’un cheminement qui passe par des étapes. Plus tôt les signes de mal-être sont repérés, moins difficile sera la prévention.
Encore faut-il que ces signes soient connus. Ils sont nombreux et ne peuvent être tous énumérés ici, mais attention au repli sur soi, à certains comportements à risque (se mettre volontairement en danger), l’échec systématique, un désintérêt pour la vie dans son quotidien, faire cadeau de biens lui appartenant (détachement affectif) des messages verbaux exprimant son dégoût pour la vie, son impuissance à faire face aux difficultés.


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