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Scolarité des enfants handicapés : un témoignage de la réalité Guide des démarches
15/09/2008
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Pas si simple d'offrir aux enfants handicapés une scolarité digne de ce nom. De nombreux lecteurs ont tenu à nous faire parvenir un témoignage.
Voici celui d'une psychologue de l'association "Les papillons blancs" du Nord, dédiée au handicap intellectuel.


 
 
Libre expression

Association "Les papillons blancs"

J'exerce la profession de psychologue dans le cadre d'un IME accueillant des enfants présentant un handicap intellectuel. Mes quelques années d'expérience au sein de cet établissement, et de l'association dont je fais partie, m'amènent à divers constats, concernant d'une part les pratiques éducatives, issues notamment de la représentation du handicap intellectuel, et leur évolution.
Tout d'abord, il me semble important de souligner que je décrirai ici le fonctionnement de l'établissement dans lequel j'exerce, et que toute généralisation à un système serait malvenue. Mes observations pourraient se résumer ainsi:

Concernant la dimension de l'enseignement scolaire et pré scolaire:

l'établissement accueille plus d'une centaine d'enfants; seuls 2 enseignants nous sont affectés pour l'ensemble de l'établissement. Ainsi, seuls les jeunes les plus âgés et les plus efficients au niveau intellectuel et adaptatif (environ un tiers de l'effectif) bénéficient d'un accompagnement scolaire quotidien, et très relatif, puisqu'il ne s'agit que d'une heure de temps de classe par jour. Un autre tiers de la population peut bénéficier d'une à 3 activités par semaine avec un enseignant, le dernier tiers ne bénéficiant d'aucune activité scolaire. Seuls 10 enfants sur la totalité de l'IME sont scolarisés à temps partiel dans des écoles ordinaires, en maternelle, CLIS ou UPI, allant d'une journée par semaine à un mi temps. Ce mouvement est très récent, et donc très fragile, puisqu'en 2004, un seul enfant était scolarisé en classe spécialisée intégrée dans une école ordinaire.
La réussite de ces scolarisations tient en grande partie à la capacité intégrante de l'école concernée, qui, lorsqu'il s'agit du cursus ordinaire, n'accepte la scolarisation qu'à la condition d'une intervention spécialisée intra-muros, relevant des compétences d'une auxiliaire de vie scolaire (et non d'une MAI, maîtresse d'aide à l'intégration, fonction qui a disparu depuis plusieurs années). Ainsi, les scolarisations se font selon le bon vouloir de l'école de quartier mais aussi de ses moyens pour accompagner et répondre aux besoins de l'enfant handicapé.
Face aux nouvelles lois, notamment celle de 2005, et répondant aux attentes des parents, de nombreux éducateurs animent des activités de type scolaire ou pré scolaire, avec ou sans formation. Cependant, ces interventions restent très ponctuelles, au sein d'activités isolées dans la semaine, ne permettant pas notamment aux plus jeunes une régularité, une répétition facilitant le maintien et le développement de ces apprentissages.

Concernant l'aspect éducatif

Chez les plus jeunes, les activités relevant de l'expression personnelle et des apprentissages de type adaptatif restent prédominantes. L'enfant est intégré à un groupe d'une huitaine d'autres jeunes, présentant des troubles très hétérogènes, l'objectif étant de solliciter l'entraide et la tolérance. Les parents sont plus souvent sceptiques sur cette question sujette à polémique. En effet, certains parents se demandent concrètement "qui va tirer vers le haut l'enfant présentant une autonomie et une efficience intellectuelle supérieure aux autres ". A l'IME, cette question fait peu souvent débat. En effet, l'enjeu sous-jacent est celui de l'accompagnement d'un groupe d'enfants profondément handicapé, réclamant une méthode d'accompagnement plus spécialisée. Ainsi, aucune méthode officielle n'est proposée aux nombreux enfants présentant des troubles de la relation, de la communication et une absence de langage (telle que la méthode ABA, la communication par échange d'images, le langage des signes...). Les parents sont souvent très démunis face à cette question, face à un fonctionnement et une culture institutionnelle bien ancrés et difficiles à requestionner, et ce malgré l'arrivée des nouvelles lois. En effet, de nombreux professionnels ignorent les enjeux précis de ces lois, leurs conséquences directes sur leurs pratiques. Le choix organisationnel laisse également peu de place à des méthodes d'accompagnement plus spécifiques. Peu d'éducateurs possèdent une formation relative aux ateliers mis en place, sachant qu'il existe ne serait ce que chez les plus jeunes (6-14 ans) une quarantaine d'activités différentes par semaine, dites "d'acquisition" qui se déroulent le matin entre 10H et 11H15. le reste du temps, l'enfant évolue dans son "groupe de vie", groupe hétérogène en termes d'âge (5-8 ans, 10-14 ans) et de type de handicap. Il y apprend les règles de vie collective et des conduites relatives à l'autonomie. L'enfant doit surtout apprendre à s'occuper seul.
Cette organisation a des conséquences directes sur la sélection des enfants accueillis lors de l'admission. En effet, des enfants autistes ou présentant des troubles du comportement sévères ne peuvent pas trouver leur place au sein d'une organisation en perpétuelle mouvement, où chaque activité est animée par des éducateurs différents (fonction de leurs appétences personnelles ou de leur formation dans de plus rares cas) et en lieux variés.
Les éducateurs référents de l'enfant ne sont référents que dans le cadre des activités de groupe de vie, ou dans le cadre des rencontres familiales.

Concernant la collaboration avec les familles:

Les familles sont associées à l'élaboration du contrat de séjour (projet individualisé de l'enfant). L'intérêt pour l'histoire et le contexte familial est bien trop souvent encore au centre des préoccupations éducatives. L'évaluation de l'évolution de l'enfant est très souvent directement dépendante de la relation établie entre la famille et l'IME. Les synthèses sont bien souvent le lieu de discussions autour du contexte familial, de la nature du lien entre l'enfant et sa famille. Si ces préoccupations sont bien souvent trop secondaires en milieu ordinaire, elles restent prédominantes à l'IME. Un parent absent dans la vie scolaire de son enfant en milieu ordinaire est bien moins négligent qu'un parent d'enfant handicapé peu impliqué dans son projet à l'IME.

Conclusion

En conclusion, de nombreuses évolutions restent à faire dans le milieu de l'éducation spécialisée, mais ces évolutions restent très disparates, et peu partagées, même dans le cadre associatif. Il existe d'autre part trop de décalages entre les lois et les moyens mis à disposition sur le terrain. Certains de ces décalages me semblent en partie liés à des choix associatifs, voire institutionnels; d'autre sont davantage liés à des contradictions gouvernementales et à une méconnaissance du handicap intellectuel.
Il y a encore tant à dire, à penser, à élaborer sur ce sujet...! Il me tenait à coeur de vous livrer ces quelques observations et réflexions très désordonnées, je l'avoue, mais aussi tellement incomplètes et inachevées..


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